Conflits Armés et Emergence Economique: Comment la Cote d’Ivoire peut s’inspirer des succès du Rwanda, du Mozambique, de l’Ouganda et de l’Ethiopie.


En 2010 Stephen Radelet chercheur au Centre de Développement Global de l’Institut de recherche économique Brookings publiait une étude sur 17 pays émergeants en Afrique. Parmi ses 17 pays le Rwanda, le Mozambique, l’Ethiopie et l’Ouganda faisaient partie de proue. La Banque Mondiale en 2007, publiait  un rapport sur les considérations macroéconomiques des pays en situation post-conflictuelle. Dans cette étude, pendant qu’un groupe de nations démontraient des difficultés de croissance après une période de conflit armées,  un autre ensemble de pays, paradoxalement expérimentaient  une forte croissance économique. Dans ce dernier groupe figuraient le Rwanda, le Mozambique, l’Ouganda et l’Ethiopie(EM4). L’étude de Radelet et de celle de la banque mondiale expose un fait : après la fin de leurs conflits armées le Rwanda, le Mozambique, l’Ouganda et l’Ethiopie ont sut redynamiser leurs économies pour devenir des pays émergeants.

Cette analyse a en effet pour but d’étudier les secrets macroéconomiques de la réussite de ses quatre pays tout en essayant de les appliquer à la Cote d’Ivoire. Ce pays sort fraichement d’une guerre civile qui en deux cycles (2002-2003, et fin 2010) a ravagé son tissu économique.  

  1. A.    Les Secrets de la croissance post-conflictuelle du Rwanda, du Mozambique, de l’Ouganda et de l’Ethiopie et leurs applications dans le cas de la Cote d’Ivoire.     

Selon les travaux de Radelet ces pays ont connut des taux de croissance économiques extraordinaires dans les dix années qui ont suivit la fin de leurs conflits. C’est ainsi que le Mozambique a presque doublé son PIB moyen par tête (5.5%) en moins de 15 ans après la fin de son conflit. L’Ouganda a aussi augmenté de 50% le taux de croissance de son PIB entre 1991 et 2007, quand le Rwanda lui augmentait de 70% son produit intérieur entre 1994 et 2007. L’Ethiopie dans les dix dernières années après la fin de sa guerre civile contre Erythrée a connut  une croissance extraordinaire. Selon les travaux de Radelet, ces pays ont axé leurs politiques de reconstruction sur cinq piliers à savoir : Une approche inclusive de la politique économique post-conflictuelle en phase avec  une politique macroéconomique de nature expansive.

  1. 1.      Promotion des Investissements(Public) et Investissements Directes Etrangers

 (IDE)

Apres un conflit armé, le constat le plus notifié est la léthargie complète du secteur privé. Les infrastructures doivent être reconstruites afin de pouvoir assoir une forte reprise économique. Les pays servant d’exemple dans cette étude ont d’une manière générale ont misé sur la reprise des investissements (privés/publics). Cela s’est fait d’une façon sélective et seulement dans les secteurs susceptible d’absorber la grande partie de la main d’œuvre. C’est ainsi qu’au Mozambique l’état à encourager les investissements dans le secteur agricole. Ce fut la même chose en Ethiopie ou les 86% de la population active vit de l’agriculture. La reforme agraire dans ce pays a permis d’encadrer des milliers de paysans. Cela a donc eu pour conséquence d’augmenter le revenu de la population en milieu rurale, de lutter contre la pauvreté et donc indirectement  stimuler une croissance économique soutenue par l’agriculture. Les Investissements directes étrangers en capitaux ont été canalisé vers les secteurs secondaires (manufactures,) et tertiaires (télécommunication). La Cote d’Ivoire part dans ce domaine avec un avantage solide. D’abord son économie a une capacité d’investissement meilleure vis-à-vis des 5 pays. Son tissu financier et bancaire est le plus avancé de la sous-région. En plus de cela, le pays n’a pas besoin d’instaurer des reformes bancaires et financiers comme ce fut le cas en Mozambique et en Ouganda ou l’état des institutions financières, avant et après guerres étaient pratiquement inexistant. Dans le cas de la Cote d’Ivoire, il suffit de redonner confiance aux investisseurs étrangers, pour voir une reprise des IDE. Il faudra dans ce sens réaménager le code national de l’investissement, faciliter l’accès du crédit aux entreprises locales. Toutes ses mesures ayant pour objet de relever la production intérieure et de créer des emplois.

  1. 2.      Promotion du Commerce International (les Exportations)

Selon l’étude de la banque mondiale, les exportations ont joué un rôle primordial dans la reprise économique des pays de notre panel. Ici encore une hausse des investissements dans le secteur des produits d’exportations contribue à redynamiser la croissance sur deux plans. En un premier temps elle rend la croissance plus inclusive en se focalisant sur le secteur qui emploi une grande partie de la population active : l’agriculture. En second, les revenus d’exportation constituent une source de financement que l’état pourra injecter dans le reste de l’économie. La Cote d’Ivoire par rapport au EM4, a une vaste expérience du commerce internationale. Il va falloir initier une reforme de l’économie d’exportation (surtout celle du café et du cacao). Faut-il libéraliser ce secteur ou l’étatiser ? À mon avis il faut  à court terme centraliser les exportations autour de l’appareil étatique, pendant la période critique de l’après guerre. Dans le moyen terme, l’état pourra donc libéraliser ce secteur.

  1. 3.      Politique budgétaire

 Le succès économique du Rwanda, de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du Mozambique a été possible grâce une gestion macroéconomique rigoureuse. Ces pays ont pris des dispositions spécifiques pour ressusciter graduellement la collecte des taxes à partir d’une redynamisation de l’administration fiscale. Des programmes d’allègements fiscaux aux entreprises ont été initiés. Sur le plan des dépenses publiques ces pays ont entrepris de vastes programmes de reconstruction des infrastructures économiques. La Cote d’Ivoire a un effort sérieux à faire dans la collecte des recettes publiques. Depuis la guerre de 2002-2003, le pays fut coupé en deux, et cela n’a pas affecté  la mobilisation effective des ressources de l’état aussi longtemps que le sud du pays continua de fonctionner normalement. La guerre d’Abidjan, qui a complètement détruite le tissu des petites et moyenne, devrait rendre difficile la collectes des impôts sur les entreprises. Comme on le voit la collecte des recettes fiscale ne sera pas facile. C’est la raison pour la quelle, il serait important qu’une partie de l’aide publique au développement, et les recettes des exportations soient utilisées pour amorcer d’abord la stabilisation de l’économie.

Au niveau des dépenses publiques, le souci de la Cote d’Ivoire n’est pas de s’engager dans de vastes programmes de reconstruction. Cela est du à la particularité de son conflit. La capital économique a été détruite, mais les infrastructures de bases (ponts, aéroport, ports, routes, usines, écoles et hôpitaux) n’ont pas connut de grands dégâts. On ne parlera pas de  reconstruction mais plus tôt réhabilitation dans le cas de la Cote d’Ivoire. La priorité des dépenses publiques à mon avis serait de réhabiliter les infrastructures sociales et aider le secteur privé(PME/PMI) à redémarrer leurs activités. D’une façon discrétionnaire, l’état peut cependant dévier ses ressources dans le financement de nouveaux projets. Surtout pas de privatisation à la hâte, comme se fut le cas au Rwanda et Mozambique. Il faut d’abord redonner confiance aux investisseurs!

4.      Politique Monétaire

Pour ce qui concerne la politique monétaire, le succès du EM4 s’est construit autour  de trois points essentiels :

-La restructuration des banques centrales,

-la reforme complète du secteur financier (banques, assurances)

-l’adoption de régime de taux de change appropriée et un contrôle des prix sur le marché.

L’appartenance de la Cote d’Ivoire à la zone Franc-CFA simplifie beaucoup de choses. Dans cette union monétaire, la politique économique est à la charge de la banque centrale BCEAO, les états membre ne peuvent que compter sur la politique fiscale pour financer leurs économies : il n y donc pas de dévaluation de la monnaie, pas de seigneuriage au niveau nationale. La structure du marché financier ivoirien reste solide après la guerre. Dans ce domaine, il n’y a donc pas trop de reformes à initier. La BCEAO pourra coopérer avec les autorités monétaires du pays pour adopter des mesures plus spécifiques à la situation du pays (taux de réserves obligatoire, taux de refinancement). Il faut redonner confiances aux consommateurs et entreprises, réduire le coût du crédit pour faciliter l’investissement.

5.      L’Aide Publique au Développement(APD)

L’aide publique au développement est l’un des éléments qui a contribué  à la croissance économique des pays de notre panel. La situation précaire des finances publiques  en situation post-conflictuelle a fait un appel urgent à l’Aide Publique au Développement au Mozambique au Rwanda. L’Ethiopie compte tenue du niveau de sous-développement social a reçu 4.24% de APD en Afrique dans les années 90. Dans le cas de la Cote d’Ivoire, l’Aide Publique au Développement   doit jouer un rôle important surtout dans la politique sociale. Cela est primordial si le pays veut être un pays post-conflictuel émergeant.

B.      Quelles sont les leçons de cette analyse ?

Les leçons de notre étude comparative sont résumées dans le tableau ci-dessous. Ce tableau présent les 4 points qui sont  à la base de l’émergence post-conflictuelle du groupe EM4 (Rwanda-Ethiopie-Ouganda et Mozambique). Les 4 points s’articulent autour du secteur publique et de l’amélioration des institutions après le conflit armé(Inst) ; la politique d’inclusion sociale(Scl) ; la structure financière/régulation des affaires(Struct); la gestion économique (Macro). La banque mondiale a noté sur une échelle de 6 (3 étant la moyenne) la performance de la Cote d’Ivoire et du groupe EM4.  J’ai légèrement modifié les résultats de la Cote d’Ivoire en prenant en compte les effets collatéraux de la guerre d’Abidjan en 2010.

 policy1

 Le groupe EM4 surclasse la Cote d’Ivoire dans la gestion économique (Macro) et dans la politique sociale inclusive(Scl). Sur le plan de la gestion économique la Cote d’Ivoire pourra facilement remonter la pente en profitant de  la bonne structure de son économie (3.2) axée par ailleurs sur son puissant secteur d’exportation et son tissu financier.  Les garanties de sécurités des biens et des individus(Inst) devront à la longue préparer le retour des Investissement Directes Etrangers.  La politique d’inclusion sociale qui est la deuxième force du EM4 doit inspirer  la Cote d’Ivoire dans ce domaine. L’Aide Publique au Développement et les efforts de l’état ivoirien doivent jouer un rôle très important dans la réduction des disparités sociales.

** Les donnés issues de cette études proviennent des résultats de la publication de la banque mondiale « Macroeconomics Policy Considerations in Post-Conflict Recorvery », 2007.

            Francis Konan

Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody).

frkonan@yahoo.com

Pour tous commentaires visitez mon blog Franciskonan’s blog (wordpress)

 

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