Quand l’Amérique du Nord à froid ; l’Europe tousse, l’Afrique est-elle en salle d’urgence?


Dans une récente analyse une équipe de chercheurs du Fond Monétaire International[*] a analysé les effets de transmission des crises économiques dans les pays d’Amérique latine. La question principale de leur étude  a tournée autour du thème suivant: quand les Etats Unies prennent froid, l’Amérique latine est enrhumée. Nous reprenons ici cette boutade pour les rapports entre l’Afrique et les autres continents: Quand l’Amérique du Nord a froid,  l’Europe tousse, l’Afrique est-elle en salle d’urgence? En d’autres termes quel serait l’impact d’une récession globale sur l’Economie Africaine ?       

L’économie de l’Afrique est axée sur les exportations de matières premières. Celles-ci en retour dépendent  principalement de la performance des partenaires économiques que sont l’Europe, l’Asie et les Amériques (USA/Canada, et l’Amérique Latine). C’est la raison pour laquelle lorsque  ces derniers expérimentent un boom économique, cela est supposé se répercuter positivement sur les économies africaines. Dans l’autre sens, quand ses partenaires économiques connaissent une baisse prolongée de croissance économique (récession), l’Afrique   est supposée donc « souffrir ». Dans notre analyse, nous avons cherché à comprendre donc la performance du continent Africain pendant les principales récessions qui ont ébranlées l’économie mondiale entre 1973-2008. Comme instrument de performance économique nous avons choisi le taux de croissance annuel moyen du PIB sur trois ans, à savoir l’année d’avant récession, celle pendant la récession et celle d’âpres la récession. Le taux du PIB réel moyen est supposé être l’indicateur de performance économique des cinq continents.

La Récession de 1973-1975 : Quand les Pétrodollars temporairement sauvent l’Afrique

L’embargo des exportations pétrole par les pays Arabes lors du conflit Israélo-palestinien va créer une pénurie du brut sur le marché international. La réduction de l’offre du pétrole  entrainera une hausse de la demande et  fera donc grimper les prix. En Aout 1974 le prix du baril augmente de 300%, venant ainsi empirer la situation économique des Etats Unis, qui d’ailleurs sur le plan domestique luttait contre une récession occasionnée par une politique monétaire trop restrictive. Pendant la période de 1973-1975, l’économie de l’Amérique du Nord gagne en moyenne 1.9 point en croissance son voisin directe à savoir l’Amérique Latine elle engrange seulement 2.2  en moyenne. L’Europe n’a pu obtenir que 3% de croissance, quand l’Asie faisait mieux avec 4.4%. Les deux groupes qui ont pu résister aux effets pervers de cette récession ont été les pays de l’Europe de l’Est et l’Afrique avec respectivement 5.3 et 5.1 % de croissance moyenne. L’Europe de l’Est conduit d’antan par l’Union Soviétique a pu puiser dans son sol assez de pétrole pour continuer sa production. Son isolement économique a aussi été un instrument  bloquant ainsi l’effet de contagion de la crise. Le bon résultat de l’Afrique lui vient de sa longue période de croissance économique des années 1960, qui a permis de poser une structure de production bien solide. Entre 1973-1975 le prix des matières premières agricoles étant à la hausse et  l’entrée massive d’investissements directes étrangers provenant des Pétrodollars permettent au continent de survivre. En 1974 pendant que tous les autres continents expérimentaient les misères de la récession, l’Afrique affichait le taux de croissance annuel de son PIB à 8%, le plus élève de l’année. Vers la fin de la récession, elle va cependant connaitre une baisse de croissance sans précédente. En effet, le gain positif de 1974 va s’effriter en 1975 ramenant le PIB  de 8.9 à 2.7%. Ce résultat est directement à associer  à la performance de l’Europe partenaire économique de l’Afrique, qui en cette même année connaissait une croissance négative de -0.2%.

 

La période 1980-1982 : l’Afrique crée sa propre récession

Cette récession a commencé aux Etats-Unis pour se propager ensuite sur les autres continents. La récession de 1980-1981 est communément décrite comme ayant la forme d’un « W ». L’économie américaine  a connu en effet une première récession qui a durée quelque mois, il y a eut une reprise pour quelque temps, puis en une autre récession est apparue avant que l’économie sorte affin de ce cycle pernicieux. Sur la période 1980-1982 l’Amérique récolte  seulement 0.7% en croissance moyenne du PIB, quand l’Amérique latine ne fait pas mieux avec  0.5%.  L’Asie et le block Est s’en sortent  avec respectivement 3 et 4%. L’Europe, quand elle se stabilise aux alentours de 1.6%. Le cas de notre chère Afrique est pathétique avec (2.2%). La récession globale 1980-1982 coïncide en Afrique avec une période ou les économies africaines sur le plan internes   expérimentaient des déséquilibres macroéconomiques assez graves. Les comptes courants et les balances budgétaires étaient  tous déficitaires.  L’inflation dans certains pays atteignait les deux unités, quand les taux de changes surévalués pénalisaient indirectement les échanges commerciaux du continent. Comme un malheur n’arrive jamais seule,  la baisse du prix des matières premières d’exportation va finaliser la débâcle des économies africaines pendant la récession de 1980-1982.   D’une façon générale la crise de 1980-1982 pour l’Afrique va s’étendre sur les dix précédentes années.

La récession de 1990-1991: Silence l’Afrique  se stabilise

C’est l’une des plus courtes récessions. Elle va durer moins d’une année en Europe et aux Etats Unis d’Amérique. En Asie c’est dans cette même période que les pays asiatique vont connaitre un boom sans précédent. On parlera d’antan du « miracle Asiatique », qui va se matérialiser par un gain en croissance de 5.5. Tous les autres continents sont à la traine, l’Europe est dans la zone négative de croissance avec -2.2. A l’Est il y a quelque chose de nouveau! La fin des régimes communistes  ébranlera tout le système de production. Du jamais vu! En moins d’une année le “bloc” va connaitre une dépression économique avec un recule de -28.6% du PIB réel.  L’Afrique qui traine encore  avec elle ses malheurs économiques des années 80, ne fait pas mieux avec 1.3% le taux le plus élevé après celui de l’Asie. C’est aussi pour la première fois qu’une baisse d’activité (-2.2) en Europe en période de récession  est contrecarrée par une  légère croissance en Afrique.

La récession de 1997-1998  marque la fin du boom économique de l’Asie qui va croître seulement de 1.6%. Cette fois ci l’Amérique du Nord (4.4%) qui  est innocente dans création de la crise et son voisin du Sud (4.3%) vont réussir à bloquer les effets de transmission de cette récession sur leurs économies. L’Afrique en cette année se distingue remarquablement avec 3.2%. C’est  pour la deuxième fois d’affilée  qu’une contraction de l’économie européenne (2.6%) ne se transmet pas au continent noir.

 

La Récession de  2001-2002: bonne rentrée de l’Afrique dans le nouveau millénaire

Cette récession est le résultat de plusieurs facteurs. Le boom de l’économie américaine conduit par le secteur de la technologie de l’information, va donner des signes d’essoufflement. L’attaque terroriste du 9 Septembre 2001 va ralentir la croissance économique du pays (1.3%). La crise va s’infiltrer en Europe (1.7%) en Asie (2.7%) et en Amérique Latine (1.1%). L’Afrique, quand a elle va résister  en obtenant le taux de croissance continental le plus élevé avec 4.6% de la hausse du PIB. C’est en effet la troisième récession ou le continent africain n’est pas touché par un recule de la croissance en Europe et aux Etat Unis.

 

 

 

La période de 2007-2009: Quand La Grande Récession surprend l’Afrique   

Elle a commencé timidement aux Etat Unies en 2007 pour se répandre  dans les autres continents a partir de 2008. Apres avoir montré des signes de résistance en 2007, l’Europe s’est fait surprendre par la récession en 2008, quand le taux de croissance de son économie frôle la barre de 0.7%.  L’Asie, puissamment parrainée par la forte croissance de la Chine a commencé à sentir les effets de la grande récession des le début de l’année 2008 avec 7.6% le taux le plus élevé sur les cinq continents. L’Amérique Latine (4.2%) pour la première fois a réussi à se départir des déboires de son voisin du Nord. Certains spécialistes pensent que la croissance économique des pays comme le Brésil, l’Argentine a jouée un grand rôle dans la stabilisation économique de la région.

Dans seulement deux mois nous serons à la fin de l’année 2009 et les prévisions du Fond Monétaire International ne sont pas étonnantes vu l’ampleur de la crise. L’Amérique du Nord (-3.4%), Latine (-2.5%) et l’Europe (-4.2%) continuent leur chute libre.  La durée prolongée de la crise va finir par prendre les-dessus sur la performance de l’économie Africaine : après avoir résisté en 2008 avec 5.2% elle tombera les armes aux mains avec 1.7% en 2009, le taux le plus élevé après celui de l’Asie. Les chiffres parlent d’eux même et dans le cas de l’Afrique on peut déceler dans la chute brutale du taux de croissance du PIB, un effet de surprise. Selon cependant le FMI, le mauvais résultat de l’Afrique lui vient de la performance misérable de ses pays producteurs de pétrole qui s’explique par une baisse de la demande extérieure de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Quelles leçons peut-on donc tirer pour l’Economie Africaine ?

 Elle a été sérieusement affectée par la récession de 1980-1982  a cause de ses propres déséquilibres économiques. La grande récession de la période 2007-2009 est la seconde crise économique qui semble avoir perturbé le continent. Elle a été globale comme la récession de 73-75 et a sérieusement déséquilibré l’économie du continent vers la fin de la récession (2009 [1.7%],  1975[2.7%]). Quand la récession est non seulement globale et est ressentie très fortement en Europe, alors dans ce cas, l’Afrique n’est pas épargnée non plus. Cela fut valable seulement pour la crise pétrolière des années 70 et de la grande récession de 2008. Les périodes de récessions entre 1990 et  2001 révèlent que l’Afrique a été moins touchée par les différentes crises.  Ces résultats sont le produit d’une bonne gestion macroéconomique aux niveaux des états. Sur le plan international, l’émergence des pays asiatiques comme la Chine et l’Inde a aidé les pays africains à ne pas être trop dépendante de leurs anciens partenaires économiques que sont l’Europe et l’Amérique du Nord. La bonne performance de l’Asie pendant les années de récessions (sauf 1997-1998), montre  probablement que le commerce international entre l’Afrique et l’Asie pourrait avoir un effet stabilisateur pour le premier continent. L’Afrique qui de plus en plus apparait comme un continent émergeant devrait  cependant vulnérable aux prochaines crises si celles-ci sont de natures financières.

** Toutes les données numériques sur les différents PIB proviennent du Centre de  Statistique des Nations Unies      

  • Cet article a été publié par Frat-Mat

 

Francis Konan

 Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody)


[*] Shaun K. Roache, Joy Villacorte (project coordinator), and Martin Mühleisen. Décembre 2008

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